L'espagne et l'Italie face aux boat people

L'Espagne et l'Italie réclament l'aide de l'Europe face aux boat people

LE MONDE | 22.08.06 | 13h39  •  Mis à jour le 22.08.06 | 13h39
 
 
e gouvernement des Canaries ne sait plus à qui s'en remettre pour mettre fin aux arrivées des cayucos (pirogues) en provenance d'Afrique noire, où s'entassent des centaines d'immigrés sans papiers. La tension est montée d'un cran, cette fin de semaine, après que 1 300 nouveaux boat people sont parvenus jusqu'aux côtes des îles : 512 vendredi 18 août, 324 le lendemain, 432 dimanche.

Le gouvernement de Madrid a relancé sur-le-champ une nouvelle offensive diplomatique auprès des pays africains et de l'Union européenne (UE). Le ministre de l'intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, s'est rendu, lundi 21 août, au Sénégal et en Mauritanie pour convaincre ces pays d'empêcher les départs des cayucos. Il a annoncé, à Dakar, le renfort d'un hélicoptère et de deux vedettes de la garde civile, afin de surveiller les eaux avec la gendarmerie sénégalaise, qui viendront s'ajouter aux moyens mis en oeuvre par le dispositif européen Frontex.

Si le ministre sénégalais de l'intérieur a dit apprécier l'aide espagnole, il a rappelé aussi que l'immigration illégale est "un drame humain" et qu'il fallait offrir des alternatives d'avenir pour les jeunes de son pays. Un appel que le président du gouvernement espagnol ne semble pas oublier puisque, dimanche, il a annoncé que son pays doublerait son aide au développement. Elle est actuellement de 650 millions d'euros.

Outre cette tournée d'urgence en Afrique, Madrid va à nouveau faire pression sur l'UE. La numéro deux du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega, va se rendre en Finlande, qui exerce actuellement la présidence de l'Union européenne, pour demander plus de moyens et de coordination contre l'immigration illégale.

Ce n'est pas la première fois que Madrid entreprend de telles démarches. En mai, après une accélération des arrivés d'immigrés illégaux vers les îles Canaries, le gouvernement espagnol avait mis en place un plan Afrique, pour négocier avec les pays africains des accords de rapatriement, de lutte contre les mafias, et établir un système de quotas, à l'image de ceux conclus avec l'Amérique latine et les pays de l'Est.

Parallèlement, Madrid avait aussi sollicité l'aide de Bruxelles pour lutter contre l'immigration illégale. L'Espagne avait alors obtenu la mise en place de patrouilles en mer et dans les airs à travers Frontex, l'agence européenne pour la surveillance des frontières extérieures.

Mais ce dispositif a mis du temps à s'installer. "Comme n'importe quel dispositif européen, les choses prennent du temps", explique-t-on au ministère espagnol de l'intérieur. Un bateau portugais vient juste d'arriver au large du cap Vert pour commencer les patrouilles. Et au Sénégal, un bateau et un avion italiens sont en chemin. Un hélicoptère espagnol renforcera le tout. Cette présence européenne devrait durer deux mois, après quoi Frontex fera l'analyse des résultats. Elle agira en conséquence.

L'Espagne n'est pas la seule à en appeler à la solidarité européenne pour affronter l'arrivée par mer des immigrés clandestins d'Afrique. En Italie, le chef du gouvernement, Romano Prodi, a également rappelé, lundi, la nécessité d'"une efficace coopération internationale, aussi bien au niveau européen qu'avec les pays du pourtour de la Méditerranée", afin de "bloquer les départs" depuis les pays d'origine.

La Libye, d'où proviennent la quasi- totalité des boat people africains, est particulièrement visée. Alessandro Bianchi, ministre des transports, a réclamé à Tripoli "une vigilance accrue", tout en lui reprochant de vouloir marchander sa coopération. Une réunion entre l'Italie, la Libye et Malte est prévue, fin août, à Malte.

En visite sur l'île sicilienne de Lampedusa, où les débarquements sont incessants, le ministre des transports a annoncé le déblocage d'un crédit "immédiat et extraordinaire" d'environ dix millions d'euros, afin de renforcer les moyens d'intervention maritimes.

Pour la seule journée de lundi, des vedettes de la guarda costiera ont intercepté au large de Lampedusa près de 250 immigrants clandestins. 120 avaient déjà été recueillis pendant le week-end, où deux embarcations surchargées ont chaviré, causant une vingtaine de morts et une soixantaine de disparus.

Jean-Jacques Bozonnet et intérim (à Madrid)


Article ajouté le 2006-08-22 , consulté 146 fois

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