Harkis : un peu tard

Au retour de son voyage en Algérie,

le Président de la République a rendu hommage aux Harkis. Il leur a promis « réparation », affirmant que la France a une « dette » envers eux.

Mais c’est un peu tard, même si...

C’est le 8 février 1956 que le terme de « harka » est employé officiellement, mais le statut de « harki » date du 7 novembre 1961, c’est à dire cinq mois avant le cessez-le-feu. Le recrutement se fait sur la base d’un contrat d’un mois, renouvelable, résiliable par mesure disciplinaire sans préavis ou pour inaptitude physique… préavis de 8 jours.

1962 : l’année terrible

Au plan juridique, les Harkis sont français et devraient pouvoir légitimement venir en France, mais la loi du 29 mars 1962 prévoit que « seuls les célibataires pourront s’engager dans l’armée française », manière vicieuse de les éliminer, car ils sont à peu près tous mariés. Sont-ils tous des rapatriés ? Non car ils ne retournent pas sur la terre de leurs ancêtre. Des « réfugiés » ? Non, car ils ne couraient aucun danger, protégés, en principe, par « les accords d’Evian ». Des « traîtres » ? Comment être traîtres par rapport à une nation qui n’avait jamais existé avant 1962 ? Sont-ils des « indésirables » ? Oui, et pour tout le monde. Les propos du général Ailleret affirmant que « les Harkis auraient à subir le contrecoup d’une haine féroce en cas d’accession de l’Algérie à l’indépendance », ne pèsent pas lourd face au discours du Général de Gaulle qui prétend le 3 avril 1962, lors d’une séance du comité des affaires algérienne que « les Harkis sont un magma qui n’a servi à rien et dont il faut se débarrasser sans délais ».

Dans un état lamentable

Tout fut mis en œuvre pour entraver la « fuite » des Harkis vers la métropole qui n’en accueillera qu’environ 85.000 avec leurs familles. Selon Michel Roux, ils arrivèrent dans un état psychologique lamentable en ne maîtrisant pas la langue. Parqués dans des hameaux forestiers, victimes du même racisme que les algériens, ils ne bénéficient pas, parce que français, des aides des associations humanitaires. Les premières mesures d’intégrations arrivèrent 13 ans plus tard, en 1975, sous forme d’assistance généralisées. En voulant, probablement de bonne foi, « réparer », on leur enlève tout esprit d’initiative en les infantilisant, ce qui les cachent de la société au lieu de les intégrer. Ainsi, aujourd’hui, la communauté harki reste une des rares incapable d’écrire les mémoires de son groupe social, laissant le soin de le faire à ses descendants que l’on continue à qualifier de « harkis », preuve évidente d’une intégration ratée.

« Hommage solennel »,

vient de dire le Président de la République. Oui, car le devoir de mémoire passe par la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français, mais c’est bien tard. A ces hommes, on a envie de dire uniquement pardon et merci. C’est bien au nom de l’Etat, d’avoir honte et de leur rendre un « hommage solennel » mais cela ne soulage pas toujours la conscience des inexpérimentés, « appelés du contingent » qui eurent l’honneur de le commander et qui leur doivent, peut être, la vie. Pour eux, et à jamais « la honte n’est pas de perdre, d’être inférieur à l’ennemi, mais d’être inférieur à soi-même », comme le dit le poète anglais E. SPENSER dans « la Reine des Fées ». La dignité volée ne se rend pas si facilement, car cet hommage arrive bien tard… Même s’il n’est jamais trop tard.

Jean-Pierre GAILDRAUD

Le Populaire du 10 décembre 2007

Avec la bienveillante autorisation du rédacteur en chef



Article ajouté le 2008-03-12 , consulté 52 fois

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