regard sur l'anticolonialisme dans l'histoire

L’empire colonial français s’est constitué à partir du XVIe siècle (les Antilles…) et, surtout, sous la IIIe République de 1880 à 1910. La conquête coloniale, justifiée par les gouvernants, s’est heurtée parfois à l’opinion publique d’un pays encore rural et agricole. Ce que l’on sait moins, c’est que l’anticolonialisme, même s’il est resté faible, a toujours marché de pair avec le colonialisme.

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Ainsi, le Canada fut organisé différemment de la Guyane, de la Martinique et de la Guadeloupe. Les colons français au Canada témoignèrent aux Indiens beaucoup de sympathie. Ils s’appliquèrent à les convertir et les traitèrent en égaux. Les « trappeurs, qui faisaient la chasse aux animaux à fourrures, vivaient à la manière des Indiens, et épousaient souvent des Indiennes converties » (Malet et Isaac, l’histoire, l’âge classique, 1492-1789, ed. Marabout).

Dès le XVIe siècle, Bartolomé de Las Casas, prélat espagnol, a défendu les indiens contre l’oppression brutale des conquistadors espagnols.

Sous le Second Empire français, les officiers Saint-Simoniens prônaient le métissage entre européens et colonisés.

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Sous la très colonisatrice IIIe République, « Clemenceau condamne au Parlement le colonialisme en soi, au nom des Droits de l’Homme, comme une méthode d’oppression et d’exploitation des individus ; il est rejoint par les socialistes, d’ailleurs plus modérés dans leur réprobation ; Jaurès distinguait : le colonialisme civilisateur et bienfaisant du colonialisme exploiteur et tyrannique » (v. Tacel, La France et le Monde au XXe siècle, ed. Masson, 1989, p. 24).

Egalement, à la fin du XIXe siècle, Savorgnan de Brazza, qui donna son nom à la ville de Brazzaville, d’origine italienne, après avoir combattu en 1870 avec Garibaldi, dans les rangs de l’armée française contre les prussiens, devient un explorateur et un « colonisateur » éclairé du Gabon et du Congo. Il renonce à atteindre le Congo devant l’opposition manifestée par certaines tribus. Dès cette époque, il applique ce qui sera sa ligne de conduite constante à l’égard des populations africaines : le refus de toute violence, l’appel à la confiance et à la négociation (Encyclopédia Universalis, Thésaurus)… Il signe un traité de protectorat avec le Ma Koko (« puissant roi ») des Tékés… En 1905, revenu au Congo, il est chargé par le gouvernement d’enquêter sur les exactions commises par les sociétés concessionnaires à l’encontre des populations indigènes (travail forcé, abus du portage, violences contre les personnes).

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La France est débitrice à l’égard des troupes coloniales auxquelles elle doit une partie de la victoire de 1918 et, surtout, sa libération en 1944-1945. Aussi, les massacres de Sétif et Guelma (le 8 mai 1945) doivent-ils être particulièrement dénoncés. A cet égard, on a reproché à De Gaulle des paroles et des comportements méprisants à l’égard des arabes, mais son fils (dans son ouvrage, De Gaulle, mon père) en apporte la dénégation.

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Enfin, on a souvent dit que les armées colonisatrices étaient accompagnées des missionnaires catholiques ( « le sabre et le goupillon » ). L’affirmation doit être nuancée. Je renvoie à cet égard à la lecture de la brochure du Père de Soras, (« l’Eglise et l’anticolonialisme », 1957). L’auteur précise que les anticolonialistes, n’ont jamais reconnu le droit de coloniser et que la colonisation, en dépit de certains récits, a été un tissu continu de monstruosités (v. aussi C. R. AGERON « l’anticolonialisme en France de 1871 à 1914 », P.U.F., 1973).

On se reportera aussi très utilement aux dossiers du Monde, « Esclavage, colonisation, les blessures françaises ( 09.11.2007) et Colonies, la Bataille des Mémoires (13.10.2006).

Mais le maître-livre en ce domaine reste celui de notre ami, Claude Liauzu (trop tôt disparu) « Histoire de l’anticolonialisme en France » (Armand Colin).

La gauche n’a pas eu le monopole de l’anticolonialisme.

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Nous, limousins, nous sommes sensibles aux prises de position du député radical de la Haute-Vienne, George PERIN (1838-1903), dont le boulevard qui borde le lycée Gay Lussac porte le nom. Celui-ci était violemment hostile à la colonisation. Le débat colonial qui s’est engagé, à partir du 27 juillet 1885 à la Chambre des Députés et auquel à pris part avec énergie George PERIN, est rapporté in La France du XXe siècle, Documents d’histoire présentés par Olivier Wieviorka et Christophe Prochasson, Le Seuil 1994.

Au cours de ce débat ont été évoquées les difficultés des populations africaines comme les guerres tribales et l’esclavage.

 

Jacques CHEVASSUS



Article ajouté le 2008-03-12 , consulté 82 fois

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