Une histoire des "événements de Tulle
Une histoire des « événements de Tulle ».
Après avoir effectué les recherches historiques destinées à documenter l’exposition permanente du Centre de la mémoire d’Oradour, Jean-Jacques Fouché a eu la charge d’ouvrir cet établissement public l’année de son inauguration. Il a ensuite publié deux livres :
Oradour, Paris, éditions Liana Levi, 2001 ;
Oradour, la politique et la justice, Saint-Paul, éditions Lucien Souny , 2004.
En collaboration avec Gilbert Beaubatie, qui a engagé de longue date un champ de recherches historiques sur les événements de juin 1944 à Tulle, les deux auteurs publient chez Lucien Souny : Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les événements de juin 1944.
Ces événements sont un épisode historique dramatique, préalable de la fin de l’Occupation et de la Libération de l’été 1944. Ils comportent deux séquences :
Une attaque de la garnison allemande d’occupation et des forces françaises fidèles au Gouvernement du Maréchal Pétain par des maquisards Francs tireurs et partisans les 7 et 8 juin ;
Une répression, conduite par des Waffen SS de la division « Das Reich », d’une extrême violence les 9 et 10 juin, comprenant une rafle massive au sein de la population masculine, la pendaison de 99 otages le 9, puis, le lendemain la déportation d’hommes dont 101 mourront dans le transport et les camps nazis de concentration.
Si les procédures répressives des forces nazies sont aujourd’hui bien connues et documentées par des ressources d’archives et une historiographie internationale abondante, il n’en était pas de même pour l’éclairage de la décision de l’attaque et de ses objectifs. La décision de l’attaque avait été contestée, avant, par une partie de la résistance armée (Georges Guingouin, les chefs locaux de l’Armée secrète), elle fut, après, dénoncée par des responsables au plus haut niveau du commandement militaire de la Résistance (Pierre Villon - FN/ CNR / COMAC -, le général Malleret-Joinville, chef d’E.M. des FFI).
La violence extrême de la répression, la « mise en scène » humiliante des exécutions, l’outrage aux cadavres des otages pendus, le nombre des victimes - proche de 300 -, le débat sur la nécessité d’une attaque militaire en milieu urbain par des partisans entraînés aux actions, efficaces, d’embuscades et de sabotages ont alimenté une division des mémoires. Les rumeurs sur de prétendues mutilations de cadavres de soldats allemands constituent un élément perturbateur supplémentaire de cette division.
Nous pouvons repérer trois courants mémoriels :
La mémoire des victimes constatée dans le silence des commémorations des « innocents » non-engagés dans l’action résistante ;
La mémoire des héros de la Résistance, soumise à celle des victimes, rencontre des difficultés pour se manifester et pour produire un récit dégagé de ses mythes ;
Une mémoire accusatrice faite d’une prétendue empathie envers les victimes et d’une méfiance certaine à l’égard des résistants ; cette mémoire accusatrice, alimentée par l’idéologie anticommuniste de l’extrême droite et amplifiée par les rumeurs, peut s’exprimer dans des récits stupides et injurieux, qualifiés, par défaut, de « révisionnistes » ou de « négationnistes ».
Comme celle du massacre à Oradour-sur-Glane, l’histoire des événements de Tulle n’est pas terminée ; nous espérons que notre livre puisse en constituer un jalon.
J.J. FOUCHE

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