Immigration : le gouvernement Prodi opte pour le droit du sol
Le Monde 04/08/2006

eux semaines après la régularisation de 350 000 travailleurs clandestins, le gouvernement Prodi a adopté, vendredi 4 août, une importante réforme du code de la nationalité. Le projet de loi, présenté par le ministre de l'intérieur Giuliano Amato, ouvre la voie à des naturalisations massives en réduisant de dix à cinq ans le délai de résidence nécessaire pour obtenir la nationalité italienne. Il prévoit également que les enfants nés en Italie de parents étrangers pourront accéder à la citoyenneté à leur majorité (18 ans), à condition qu'un des deux ascendants ait résidé légalement sur le territoire depuis cinq ans au moment de la naissance.
|
|
UN PAYS D'ÉMIGRATION DEVENU PAYS D'IMMIGRATION
Longtemps pays d'émigration, l'Italie a vu la tendance s'inverser ces dernières années, le nombre d'immigrés passant de 1,3 million en l'an 2000 à 2,7 millions en 2004, avant de dépasser les 3 millions cette année, selon Caritas. Dans le même temps, le pays voit son taux de fécondité stagner parmi les plus bas d'Europe, à environ 1,3 enfant par femme, et sa population vieillissante – environ 60 millions d'habitants – risque de diminuer dans les décennies à venir, avertissent régulièrement les démographes.
"Le projet de loi adopté aujourd'hui est une chose très positive, car l'Italie avait la législation la plus obsolète d'Europe en matière de citoyenneté des étrangers", a réagi la responsable du département immigration pour l'ONG catholique de la Communauté de Sant'Egidio, Daniela Pompei. "La loi, conçue en considérant l'Italie comme un pays d'émigration, était vouée à 'protéger' les Italiens partis à l'étranger. Maintenant, la conception est totalement différente", a-t-elle ajouté.
Le gouvernement de Romano Prodi, entré en fonction au mois de mai, avait déjà opéré il y a quinze jours un revirement dans la politique d'immigration italienne, durcie pendant les années Berlusconi, en ouvrant les quotas d'entrées sur son territoire à 517 000 travailleurs étrangers pour 2006, et non 170 000 comme prévu par le gouvernement de Silvio Berlusconi. Cette décision équivaut à la régularisation de près de 350 000 immigrés clandestins déjà présents en Italie.
Le projet de loi adopté vendredi devra être voté par les députés et les sénateurs à partir de la rentrée, et une partie de la droite a promis une guerre ouverte au Parlement. "Nous tirerons à bout portant sur cette loi qui veut mettre le pays et notre futur dans les mains des derniers arrivés", a déclaré le sénateur du parti de la Ligue du Nord, Roberto Calderoli.

Commentaires